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Conférence de Edouardo Isaac
Par Michel Bélair
(publiée en juillet 1999 dans le Journal de
la Société de guitare de Montréal)
Suite au concert exceptionnel d’Eduardo Isaac, une conférence
donnée par ce dernier avait lieu le lendemain à l’UQAM.
Malheureusement, peu de gens ont assisté à cet événement,
à peine seize personnes. La conférence s’est déroulée
en deux parties; la première étant consacrée à
la technique et la façon de l’aborder tandis que la seconde traitait
du répertoire de la guitare avec en prime des extraits sonores.
Visiblement, Eduardo Isaac était bien préparé
et possédait une grande expérience de ce type d’enseignement
en utilisant un principe pédagogique éprouvé, celui
du général vers le particulier, de sorte que l’auditeur
ne perdait jamais le fil conducteur de son propos. Après que le
guitariste, Jérôme Ducharme eut joué un extrait de
la sonate de Hans Werner Henze, M.Isaac enchaîna sur divers aspects
techniques de l’instrument. Selon lui, il y a deux problèmes fondamentaux
à la guitare: La palette dynamique et le legato. La guitare étant
un instrument doté d’une puissance relativement faible, il devient
primordial d’exploiter toute la plage dynamique( de ppp à fff ).
L’usage de l’attaque butée ou tirée ne devrait pas être
un choix exclusif mais concourant dépendamment de la situation.
Afin d’élargir l’ambitus dynamique, l’utilisation de la «couleur»
ou des timbres ainsi que différents types d’articulation aideront
à créer l’impression d’une plus grande variété
dynamique lorsque ce n’est plus possible par les décibels. À
la main droite, l’angle d’attaque prend ici beaucoup d’importance. On
peut changer cet angle de deux façons (cf. fig.1 et 2).

En changeant le plan perpendiculaire de l’attaque, on modifie
le point et le temps de contact de l’ongle avec la corde créant
des timbres aussi différents que si on déplaçait
l’endroit du contact sur la corde (l’un n’excluant pas l’autre). Ce que
Eduardo Isaac a brillamment démontré lors de son concert
en utilisant une palette sonore très riche.
Ensuite, il a été question de l’importance
de travailler la technique sur une base quotidienne et d’aborder les difficultés
ailleurs que dans les pièces. Pour cela, il faut premièrement
un plan technique général ; une routine d’exercice qui sont
répétés quotidiennement indépendamment du
répertoire travaillé. Deuxièmement, un plan spécifique
où l’on extrait, des passages techniques difficiles de notre répertoire,
des exercices qui décomposent ces difficultés et nous aident
à les surmonter. Quatre ou cinq types d’exercices suffiront pour
le plan général d’une durée d’environ 45 minutes.
Ce plan devrait inclure des exercices d’arpèges (par ex.: A. Carlevaro,
cahier 2, no.1 à 12), d’alternance (i-m, m-a), d’indépendance
des doigts de la main gauche (Carlevaro, cahier 4) et de gammes, ces dernières
étant la somme des difficultés.
Pour Isaac, il est primordial de toujours travailler dans
un but créatif. Si l’on fait de la technique c’est après
tout pour mieux jouer. Au côté strictement physique s’ajoute
la perception de ce que l’on fait et le constant besoin de raffiner celle-ci.
Quatre paramètres nous serviront à mesurer constamment le
travail technique:
1- Fluidité, legato et la précision de la
«diction»
2- Qualité du son
3- Quantité du son (force, puissance)
4- Vélocité (avec l’aide de l’inévitable M.Métronome!)
Finalement, Isaac ajoute que le travail technique sert
à construire une marge de sécurité lorsque l’on joue.
Paraphrasant Segovia, Eduardo termina cette partie de la conférence
en rappelant cette maxime du maître espagnol: «Il faut jouer
sur les intérêts de la technique».
Le guitariste argentin traita en dernière partie
du répertoire de la guitare, mettant en lumière les compositeurs
et œuvres qui constituent la colonne vertébrale de ce répertoire
tout au long de l’histoire. Il s’attarda principalement sur le XXième
siècle en relevant l’apport d’interprètes comme Segovia
et Bream qui par leurs influences ont amené des compositeurs non-guitaristes
comme Ponce, Castelnuovo-Tedesco, Moreno-Torroba, Britten, Walton, etc.
à enrichir le répertoire de plusieurs œuvres devenues incontournables.
Mais la véritable révolution selon Isaac est venu des guitaristes
compositeurs qui ont ouvert la voie à de nouvelles perspectives
tant techniques qu’expressives. Des compositeurs comme Barrios et plus
particulièrement Villa-Lobos et Brouwer constituent de ce point
de vue un tournant majeur au XXième siècle de la guitare.
En finissant, Eduardo Isaac nous a fait entendre des extraits sonores
d’œuvres et de compositeurs qui lui tenaient particulièrement à
cœur tels Piazzolla et Hand. Une surprise parmi ces extraits, un enregistrement
démo de trois pièces avec le bandonéoniste Binelli
qui joua avec Piazzolla dans son dernier sextuor.
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