 |
Entrevue avec David Gaudreau
Par Benoit Dorion
(publiée en janvier 2000 dans le Journal de
la Société de guitare de Montréal)
Il est tout à fait remarquable de constater qu’année
après année David Gaudreau, épaulé par son
équipe Susie Bell et Nicole Barreiro, relèvent le défi
de faire vivre des expériences extraordinaires à leurs étudiantes
de l’école Marguerite-de Lajemmerais; les nombreux concerts
et les disques au nombre de quatre, qui s’échelonnent dans une
cadence annuelle en font preuve. Une équipe efficace, qui s’est
enrichie d’une fondation, vouée aux succès de ses jeunes
en les appuyant dans leurs projets. À nouveau cette année,
nous aurons la chance d’apprécier tout le travail accompli lors
d’un concert présenté par la SGM consacré aux jeunes
le 29 mars, où l’Ensemble Musical de Marguerite-de Lajemmerais
se produira.
Voici donc, une entrevue avec David Gaudreau, un passionné qui
touche à plusieurs aspects du monde de la guitare (lutherie, concerts,
enregistrement, enseignement, composition) avec persévérance
de façon à être toujours à l’affût de
nouveautés pour enrichir son art.
D’après toi, quelles sont les qualités
requises pour exceller dans l’enseignement de groupe ?
Il faut être prêt à donner du temps, à mettre
de côté ses attentes personnelles en s’occupant davantage
de celles des élèves. Aussi, il faut développer un
sens d’observation, de perception, afin de s’adapter aisément à
toute sorte de situations. Également, un atout indispensable est
l’écoute ! Être à l’écoute des jeunes en préconisant
une approche humaine, pas uniquement en fonction du contenu de son enseignement,
mais aussi en tenant compte de leur vécu.
Autre qualité essentielle: être bon vendeur en présentant
les projets proposés de façon dynamique ! Et surtout, donner
priorité aux choses importantes; viser un objectif de façon
déterminée, plutôt que d’être sévère
pour tout et en conséquence, ne rien obtenir.
Une particularité dans ton enseignement, c’est
que tu joues avec tes élèves. Crois-tu pouvoir obtenir le
même résultat avec elles en les dirigeant de façon
plus conventionnelle, sans jouer?
Dès ma première année à Marguerite-de Lajemmerais,
j’ai opté pour jouer avec mes élèves au lieu de les
diriger de façon conventionnelle (debout avec la baguette), j’ai
tout de suite vu des résultats concluants. Simplement, parce qu’avoir
une guitare dans les mains c’est se mettre au même plan, au même
niveau que les élèves. Assis sur une chaise, tu fais la
même chose qu’elles: jouer de la guitare. Également, le fait
qu’elles puissent me voir jouer accélère l’apprentissage,
je deviens en quelque sorte un modèle pour elles. Par contre, en
concert je dirige davantage, question de sécuriser les tempi et
les élèves. De toute façon, avant de se produire
en concert, nous avons énormément répété
les pièces, les phrasés, les tempi, les nuances, et les
élèves connaissent tellement bien leurs pièces que
l’utilité d’un chef est superflue.
Une chose est certaine, il y a une complicité,
une réciprocité entre tes élèves et toi. Comment
l’as-tu développée ?
En prenant le temps de leur parler et de les écouter. Ma classe
est devenue un lieu de rassemblement
où il fait bon vivre. Certains midis, nous sommes plus de cinquante
à y jouer, manger, discuter de musique et d’autres choses. Je suis
toujours aussi fasciné par leur curiosité, leur désir
d’apprendre ainsi que par l’ouverture d’esprit dont elles font preuve.
Que penses-tu de la place réservée
à l’enseignement de la musique au Québec versus celle réservée
aux sciences ?
Personnellement, je ne vois aucune incompatibilité entre les sciences
et la musique et je trouve dommage que les élèves doivent
choisir entre ces options. C’est déplorable aussi qu’une élève
de quinze ans doive parfois décider de son «sort» à
cet âge, comme s’il y avait une urgence. Nous sommes en train de
former une société de gens spécialisés dans
un champ restreint et perdre tout ce qui gravite autour de la culture.
En ce qui me concerne, la culture c’est une richesse au même titre
que de jouer un instrument de musique, il faut absolument encourager le
développement des arts et préserver cette richesse qui nous
nourrit.
Que peut-on faire pour améliorer l’enseignement
de la musique ?
Ça prend des enseignants déterminés et compétents
! Lorsqu’on développe un système de formation, il faut s’assurer
d’avoir la crème, parce qu’un prof d’option doit «vendre
sa matière» tout le long de sa carrière à cause
du mouvement de sa clientèle. Si le professeur est moins performant
ou son cours inintéressant, il perd ses étudiants et par
surcroît, la qualité de sa tâche. Malheureusement,
certains enseignants ont perdu la flamme et par le fait même, fait
disparaître leurs options. Donc, il est important d’avoir des enseignants
mordus et convaincants, au point de pouvoir faire changer des choses au
niveau de la direction des écoles, et pour cela, il faut être
persévérant !
C’est important aussi, que la direction de l’école reconnaisse
le travail effectué ainsi que l’impact de l’«enseignement
dynamique». À partir de ce moment, il y a des retombées
au niveau des commissions scolaires et les choses bougent peu à
peu.
J’aimerais que tu me parles d’un très beau
projet que vous avez mis en place à Marguerite-de Lajemmerais :
la fondation publique pour la musique.
Bien sûr ! Fait à noter, cette même fondation est la
seule de la Commission scolaire de Montréal à avoir été
créée par des professeurs. Elle a pour but d’amasser de
l’argent pour aider, dans leur éducation musicale, les élèves
de l’école par le biais d’achats d’instruments de musique, d’appareils
techniques et de matériel pédagogique. Également,
la fondation à aussi comme objet, de financer des activités
musicales et de remettre des bourses aux étudiantes méritantes
qui désirent poursuivre une formation en musique.
Dans l’enseignement de groupe, souvent on se doit
d’effleurer des sujets, de se satisfaire d’un résultat global,
où le souci de perfection est difficile à atteindre. Comment
y trouves-tu ton compte ?
J’y trouve mon compte simplement parce que premièrement, je le
fais pour les jeunes et ma plus belle valorisation, c’est de voir les
gens heureux quand j’ai travaillé pour eux et qu’après un
concert, mes étudiantes ont les larmes aux yeux d’avoir été
valorisées, que leurs parents disent qu’ils ont apprécié,
c’est ce qui me rejoint le plus, bien au-delà de mes propres attentes
musicales !
Les attentes sont faites en fonction de ce que l’élève est
prête à donner, c’est du «donnant-donnant»; plus
on m’en demande et plus je réponds, c’est une construction de groupe!
Et pour obtenir de bons résultats, il faut ajuster ses attentes
et avoir une bonne capacité pour évaluer ce que les élèves
sont capables de donner, c’est essentiel pour les préparer adéquatement
aux concerts. En ce sens le choix des pièces est primordial; parfois,
il faut anticiper des mois à l’avance le répertoire en vue
des concerts.
Quels sont tes objectifs comme professeur ?
Premièrement, permettre à mes étudiantes de vivre
une expérience de groupe inoubliable! Je veux que mes élèves
quittent le secondaire avec de bons souvenirs de leur passage ici. Par
exemple, les finissantes de cette année quittent en ayant fait
quatre CD ! Ces enregistrements, qui sont de magnifiques souvenirs à
la fois non seulement musicaux, mais aussi, qui seront des rappels marquants
de leur adolescence.
J’essaie de leur apporter la plus belle variété de musique
possible qu’elles soient capables d’exécuter, en incluant dans
le répertoire bien sûr des pièces qu’elles connaissent,
mais également, les initier à plusieurs styles musicaux,
dont la musique classique.
Qu’est-ce que l’enseignement t’apporte?
Je suis une personne privilégiée, parce que j’ai découvert
dans l’enseignement de groupe une véritable passion et une façon
de vivre, c’est beaucoup plus qu’un travail; je me considère chanceux
d’aimer autant ce que je fais! J’ai l’impression de grandir avec mes élèves,
ça me stimule et m’apporte énormément. Je travaille
fort, parce que j’ai une excellente réponse de la part des élèves,
si je n’avais pas cette réponse, j’aurais probablement moins de
passion dans mon enseignement, tout est relié. Aussi, je trouve
important d’en faire bénéficier le plus d’élèves
possible, mon cours n’est pas réservé à une élite
et jusqu’à présent, la formule semble gagnante.
Quels sont tes projets futurs ?
Nous allons faire de la promotion dans trois écoles primaires,
dont l’École Le Plateau. Également, plusieurs concerts sont
au programme pour le reste de l’année, entre autres, au mois de
mai à la Cathédrale de Joliette, le 29 mars à la
salle Marie-Stéphane (concert présenté par la SGM)
et , finalement le 10 et 11 juin à la salle Pollack, à cette
occasion, nous ferons l’enregistrement d’un disque et ce sera aussi notre
concert de fin d’année.
Discographie
Solo :
-David Gaudreau -Guitare
(Frescobaldi, Bach, Coste, Sor et Gaudreau)
-Pensamientos...(SNE-613-CD)
(Ponce, Bartos, Giuliani, Savio, Granados, Torroba, Gaudreau, Coste ,
Mendelssohn et Schubert)
Avec L’Ensemble musical Marguerite-de Lajemmerais:
-Vol 1-Enregistrement concert du 17 mai 1996 à la Salle Pierre-Mercure
du Centre Pierre-Péladeau
-Vol 2-Enregistrement concert du 16 mai à la salle Claude-Champagne
-Vol 3-Enregistrement concert du 22 mai 1998 à l’auditorium de
l’École Le Plateau
-Vol 4- Enregistrement studio et concert réalisé à
la salle Redpath de l’Université McGill (Double CD)
-Vol 5- En préparation, enregistrement studio et concert à
la Salle Pollack de l’Université McGill (double CD)
Compositions (publiées chez Productions d’OZ):
-Ballade en Sol Majeur-Tonada (DZ 109)
-Valse Romantique #1-Un matin d’automne-Movido (DZ 159)
-Nocturne-Rêverie (DZ 246)
|
 |