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Entrevue avec Arturo Parra
Par Benoit Dorion
(publiée en mars 1998 dans le Journal de la
Société de guitare de Montréal)
Arturo
Parra, est fraîchement diplômé d’un doctorat en interprétation
de l’Université de Montréal sous la direction de Lorraine
Vaillancourt et de Peter McCutcheon. Arturo est un singulier personnage;
sa passion réside dans l’élaboration de nouveaux modes de
jeu, l’élargissement du rôle de l’interprète, la réorientation
du rapport compositeur-interprète ainsi que la création
d’oeuvres mixtes. Le 15 mai prochain, il aura l’occasion de créer
quatre pièces pour guitare et bande magnétique à
la XVe édition du Festival International de Musique Actuelle
de Victoriaville. Les bandes magnétiques de ces pièces ont
été composées par les électroacousticiens
Robert Normandeau, Francis Dhomont, Stéphane Roy et Gilles
Gobeil, pour lesquelles Arturo greffera les parties de guitare qu’il a
écrites.
-Dans le programme de doctorat, tu as travaillé
principalement sur deux façons d’élargir le rôle de
l’interprète soit, l’élaboration de nouveaux modes de jeu
et la réorientation du rapport compositeur-interprète. Pourquoi
avoir choisi ces avenues?
En ce qui me concerne comme interprète, je crois sincèrement
qu’il ne faut pas se contenter d’interpréter des oeuvres et d’en
rester là. Avec le recul, toute ma démarche aura été
de chercher la nouveauté, la différence pour trouver d’autres
moyens d’être original en jouant de la guitare, en étant
musicien. Dès l’entrée au doctorat, j’ai compris que l’objectif
de mon travail était de concrétiser tout ce que m’apportait
le monde de la musique contemporaine avec la guitare pour faire en sorte
que l’instrument et la musique deviennent «vivants ».
-Est-ce que ton épanouissement musical
passe avant tout par la recherche?
Non, je crois que c’est la composition qui m’importe le plus. Évidemment,
à la base de la composition il y a la recherche. J’ai choisi la
voie de la composition parce que, en quelque sorte, elle m’apparaissait
plus naturelle et épousait davantage ma quête d’intégrité:
ça devenait moi! Comme compositeur, il y a une lutte qui se déroule,
c’est clair et net, je dois dire une chose originale, sans pour autant
vouloir être à tout prix original; je dois être moi-même!
Donc, je ne me sentais pas à l’aise dans le rôle traditionnel
d’interprète. J’ai alors développé un intérêt
pour la composition en improvisant. Cette nouvelle approche m’a séduit,
c’est ce qui me redonnait le matériau pour que je puisse m’exprimer
de façon plus personnelle. Aussi, la façon dans laquelle
je peux m’épanouir musicalement, c’est d’avoir la possibilité
de dialoguer avec un compositeur. Ce dialogue devient alors une grande
richesse pour moi, particulièrement avec des électroacousticiens
dans l’écriture de pièces pour guitare et bande. De cette
façon je peux collaborer, en superposant une partie de guitare
que je compose sur une bande réalisée par le compositeur.
-Quel est le rôle de l’interprète
dans toute cette expérimentation? Personne n’est plus apte
à connaître son instrument que l’interprète. Donc,
il est en position de proposer aux compositeurs un éventail sonore
qui élargit le spectre expressif de son instrument, qu’il peut
ensuite retransmettre au public.
-Justement, par rapport au public, où
devrait se situer ce nouvel interprète?
C’est un interprète qui présente au public des choses inouïes,
qui sortent de l’ordinaire. Le public découvrira alors une guitare
et une musique nouvelle.
-Quelle est ta position par rapport à
la finalité d’une pièce? À quel moment, l’improvisation
devient une pièce terminée?
Nécessairement, il arrive un moment dans lequel l’improvisation
s’arrête pour que je puisse faire des choix. Le but que je poursuis
en improvisant c’est de trouver une forme qui est vraiment rattachée
à une idée. Il faut que j’aie une idée précise
de la direction que prend la pièce que je suis en train de composer
et ensuite, trouver des idées pour unir ces matériaux, les
agencer et leur donner un sens, sinon ce sera une espèce d’éparpillement
d’idées inégales. Comme pour l’écriture de poèmes,
c’est un travail de précision qui est effectué: choisir
les bons mots, les phrases qui donnent des idées permettant d’explorer
en vue d’atteindre un parcours de lignes claires, qui expriment avec netteté
le sens de la pensée du poète. Dans cette optique, je vise
une oeuvre touchante, qui reflète mon état d’esprit.
-Lorsque que tu travailles sur de nouveaux
timbres, comment fais-tu pour les inscrire dans une démarche artistique
pour éviter d’en faire uniquement une démonstration?
Les nouveaux sons doivent être au service de l’idée musicale
et non l’inverse. Ces nouveaux sons que j’invente, (soufflements sur les
cordes, grincements, effleurements avec la surface de l’ongle etc.) vont
servir dans un moment donné à définir l’idée
musicale, à éclaircir et souligner l’idée de départ
que j’ai à transmettre comme compositeur. Ce choix va permettre
par ailleurs, à l’auditeur de comprendre mieux la direction du
discours musical tout en l’aidant aussi à déclencher son
propre monde imaginaire. J’aurais tort, si le but unique de mon travail
sert à chercher des effets sonores, des feux d’artifices pour les
montrer en prétextant de leur nouveauté. Pour moi, le sens
de l’art c’est exprimer quelque chose de profond, une perception du monde
soit politique, sociale, artistique, ou purement esthétique. Peu
importe les moyens sonores, ce qui prévaut c’est arriver à
une authenticité! Plusieurs musiciens populaires que j’admire tels
Leonard Cohen, Anna Prucnal et Barbara, s’exprimant avec un langage très
simple, arrivent à me toucher parce qu’ils disent des choses essentielles.
Je ne veux pas être pris pour quelqu’un qui cherche absolument à
faire «éclater» la guitare. Pour une question de continuité
ou de logique dans un discours musical s’il faut que j’utilise des sons
conventionnels je le fais! Cependant, à l’aube du XXIe siècle
il m’apparaît intéressant de renouveler, d’actualiser le
langage musical.
-Ta pièce «La Mort des Rois»
pour guitare et voix parlée sur un texte de Robert Claing, a obtenu
un franc succès lors de ton récital final de doctorat. Décris-moi
ta démarche pour l’écriture de cette pièce.
Cette pièce m’a posé plusieurs problèmes, notamment
pour l’utilisation de la voix. J’ai passé trois ans à la
travailler avec la comédienne Catherine Ego. Donc, au départ,
Catherine m’a parlé de la pièce de théâtre
écrite par Robert Claing intitulée «La Mort des Rois»
qui avait été jouée par la troupe Omnibus. Avec l’autorisation
de l’auteur, elle en a choisi des extraits, avec lesquels nous avons travaillé,
mot à mot pour y ajouter la musique. Après plusieurs tentatives
infructueuses, il nous a paru plus facile de fonctionner autrement. Catherine
a donc enregistré les extraits de la pièce sur cassette
et j’ai travaillé de mon côté, à ajouter la
partie de guitare en réagissant à son interprétation
du texte, aux sentiments qui s’en dégagent, aux mots, et aussi,
à l’ensemble. Après ce processus, on fixait et discutait
ensemble nos choix musicaux. Le but de cette pièce, était
de mettre en relief d’une autre façon le texte de Robert Claing.
-Crois-tu que la musique contemporaine fasse
encore «problème» aujourd’hui, qu’un tabou pèse
autour de sa diffusion?
Oui, si les compositeurs continuent d’écrire de façon hermétique,
sa diffusion deviendra ardue. Comme compositeur, de plus en plus je désire
que ma musique puisse être comprise par l’auditoire. Je suis très
touché par les interprètes populaires surtout par l’immédiateté
de leur message. Mon but n’est pas nécessairement que les gens
aiment ma musique, tant mieux si elle plaît, mais plutôt que
je puisse passer un message, c’est pour cette raison que j’interprète
ma musique sur scène.
-L’interprète se retrouve dans un dilemme
pour le choix de son répertoire, soit, présenter des oeuvres
d’esthétique classique de formes «confortables» généralement
qui assurent l’intérêt du public, ou, courir le risque d’interpréter
des oeuvres plus «exigeantes et difficiles» qui n’emporteront
pas nécessairement l’adhésion immédiate du public.
Quelle est ta position par rapport à cet énoncé?
J’estime qu’à l’intérieur de ces deux voies, on retrouve
des choses valables; toute la place est à l’interprète,
c’est lui qui est porteur du message. Tout est dans la façon d’interpréter
ce répertoire, si c’est fait avec intégrité, conviction
et engagement. L’interprète devrait avoir une éthique: jouer
la musique qui lui plaît et dans laquelle il est en mesure de bien
servir les oeuvres. Il ne faut pas nécessairement se spécialiser,
il faut se reconnaître, trouver un monde, une voie, qui va faire
de nous une personne singulière.
-Dans le cadre de la XVe édition du
Festival International de Musique Actuelle de Victoriaville*, tu feras
quatre premières mondiales de pièces mixtes. Décris-moi
ta démarche avec les électroacousticiens pour l’aboutissement
de ces pièces.
Après plusieurs années de démarche auprès
des électroacousticiens du Québec, j’ai réussi à
convaincre quatre d’entre eux de concevoir une bande magnétique,
dans laquelle ils créent leur discours acousmatique, mais en pensant
à l’ajout d’une partie de guitare que je vais composer. Le Conseil
des Arts du Canada m’a d’ailleurs conféré quatre bourses
pour soutenir ces commandes. Le récital de Victoriaville sera très
particulier, puisque tour à tour on aura l’occasion d’entendre
dans un premier temps, la partie de la bande magnétique seule,
et, par la suite l’oeuvre mixte, c’est-à-dire la bande magnétique
fraîchement entendue à laquelle se greffe la partie de guitare
que j’ai composée. Cette même procédure aura lieu
pour chacune des quatre pièces, ce qui permettra au public d’apprécier
le travail de collaboration et de juger l’apport du discours de la guitare
sur la bande magnétique.
*15 mai 98, 13 heures
CEGEP de Victoriaville
475 Notre-Dame est
Discographie:
Discographie:
Stéphane Roy: Kaleidos IMED 9630 empreintes DIGITALes
-Mimetismo: Arturo Parra, guitare et Stéphane Roy, bande magnétique
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